Le matin du 12 février 1908, six voitures de quatre pays différents s’alignèrent sous la neige tourbillonnante de Times Square, au milieu d’une foule en délire de 250 000 personnes. Les dix-sept hommes qui prirent le départ de la course automobile New York-Paris formaient un plateau international de personnalités : un Norvégien charismatique, amateur de plein air, un comte français spirituel, deux Italiens raffinés, un officier aristocratique de l’armée allemande et un mécanicien grincheux de Buffalo, dans l’État de New...
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Le matin du 12 février 1908, six voitures de quatre pays différents s’alignèrent sous la neige tourbillonnante de Times Square, au milieu d’une foule en délire de 250 000 personnes. Les dix-sept hommes qui prirent le départ de la course automobile New York-Paris formaient un plateau international de personnalités : un Norvégien charismatique, amateur de plein air, un comte français spirituel, deux Italiens raffinés, un officier aristocratique de l’armée allemande et un mécanicien grincheux de Buffalo, dans l’État de New York. Le président Theodore Roosevelt les félicita en ces termes : « J’aime les gens qui font quelque chose, pas l’homme prudent et irréprochable qui reste chez lui. » Ces hommes entreprenaient quelque chose qu’aucun n’avait jamais fait auparavant, et leur voyage les mènerait très loin de chez eux.
Le parcours était estimé à plus de 21 000 milles, à travers trois continents et six pays. Il franchirait des chaînes de montagnes — certaines culminant à 10 000 pieds — et traverserait le gel arctique et la chaleur du désert, de la neige qui s’amoncelle aux tourbillons de sable. Des rivières sans ponts et des mers de boue barraient la route, tandis que loups, ours et bandits rôdaient dans les vastes étendues désertes du parcours. Et il n’y avait ni stations-service, ni garages, ni pièces de rechange disponibles. Après tout, l’automobile n’était commercialisée que depuis quinze ans. Beaucoup de gens le long du parcours n’en avaient même jamais vu.
Parmi les héros de la course figuraient deux hommes qui, par leur ténacité, leur talent et leur sens du commandement, finirent par surpasser les autres. Le premier lieutenant Hans Koeppen, jeune officier prometteur de l’armée prussienne, dirigeait l’équipe allemande à bord de sa Protos de 40 chevaux, coiffée d’une capote en toile. Son caractère affable cachait une détermination sans faille et, à la fin de la course, il avait gagné le respect même de ses plus farouches détracteurs. Son homologue dans l’équipe américaine était George Schuster, mécanicien ouvrier et fils d’immigrés allemands, qui menait les Américains au volant de leur légère Thomas Flyer de 60 chevaux. Compétiteur-né, Schuster avait rejoint l’équipe des États-Unis comme simple ouvrier, mais il allait lutter contre Koeppen jusqu’au bout. Finalement, l’Allemand et l’Américain se retrouvèrent seuls dans la course, affrontant les éléments, l’épuisement et l’un l’autre, jusqu’à l’entrée triomphale à Paris de la voiture gagnante, le 30 juillet 1908.
L’anniversaire de Lincoln, 12 février 1908…
Les foules qui s’étaient rassemblées toute la matinée sur Broadway n’étaient pas là non plus pour rendre hommage à Abe Lincoln. Elles étaient venues dans l’avenue pour assister au départ de la course automobile New York-Paris. Il n’y en aurait qu’une seule — un seul tour du monde, un seul départ et une façon bien particulière de faire les choses qui, pour ceux qui l’ont vécue, allait changer le monde à jamais. L’automobile allait relever tous les défis : pas seulement Broadway, mais aussi les contrées les plus lointaines où elle pouvait mener. Avec cette idée insensée, l’automobile allait entrer dans l’âge adulte.
« À dix heures, rapportait le Tribune, Broadway, jusqu’aux confins nord de Harlem, avait l’air d’attendre l’arrivée du cirque en ville. » L’enthousiasme était suscité par la capacité potentielle de l’automobile à venir à bout des trois défis qui exaspéraient le plus le XXe siècle : la distance, la nature et la technologie. D’abord, la distance : vingt-deux mille milles dans l’hémisphère Nord, de New York à Paris en passant par l’ouest. Ensuite, la nature : avec des saisons à leur plus impitoyable. Enfin, la machine elle-même, que la course pousserait à ses limites jusqu’à ce qu’elle finisse par se vaincre elle-même. Vieille d’à peine vingt ans en tant qu’engin et de seulement dix ans en tant que moyen de transport pratique, l’automobile ne pouvait raisonnablement être censée être prête à conquérir le monde. Mais des hommes étaient prêts, et c’était cela qui comptait.
— Extrait de Race of the Century
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