Somalie. 4 mars 1993. Deux Somaliens sont blessés par balle dans le dos par des casques bleus canadiens, l’un d’eux mortellement. À peine deux semaines plus tard, Shidane Abukar Arone, seize ans, est torturé jusqu’à la mort. Des dizaines de soldats canadiens assistent à la torture ou en ont connaissance. Les premiers rapports sur ce qui devint au Canada l’affaire de la Somalie ont remis en question les prétentions nationales à une expertise particulière en matière de maintien de la...
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Somalie. 4 mars 1993. Deux Somaliens sont blessés par balle dans le dos par des casques bleus canadiens, l’un d’eux mortellement.
À peine deux semaines plus tard, Shidane Abukar Arone, seize ans, est torturé jusqu’à la mort. Des dizaines de soldats canadiens assistent à la torture ou en ont connaissance.
Les premiers rapports sur ce qui devint au Canada l’affaire de la Somalie ont remis en question les prétentions nationales à une expertise particulière en matière de maintien de la paix et à une société exempte de racisme. Aujourd’hui, cependant, malgré une enquête nationale sur le déploiement des troupes en Somalie, ce que la plupart des Canadiens associent probablement au maintien de la paix, c’est le rôle glorieux que la nation a joué en tant que gardienne de la paix mondiale. Les épisodes de violence dans le cadre du maintien de la paix sont attribués à quelques éléments corrompus, à de mauvais généraux et à un régiment dévoyé.
Dans Dark Threats and White Knights, Sherene H. Razack explore le racisme implicite dans l’affaire de la Somalie et son lien avec le maintien de la paix moderne. En examinant les dossiers des procès militaires et de l’enquête publique, Razack tisse deux fils : d’une part, celui de la violence elle-même et de ce qui pousse des hommes à commettre de telles atrocités, et d’autre part, les manières dont la violence dans le cadre du maintien de la paix est largement pardonnée et finalement oubliée. La question raciale disparaît de la mémoire collective et laisse place à l’histoire d’une nation de taille moyenne, innocente et moralement supérieure, tenue de discipliner et de remettre en ordre des nations barbares du tiers-monde. Le maintien de la paix moderne, conclut Razack, maintient une ligne de couleur entre une famille de nations blanches construites comme civilisées et un tiers-monde construit comme une menace sombre, un monde dans lequel la violence est non seulement tolérée, mais considérée comme nécessaire.
Catégories :
- Politique et sciences sociales