ME TALK PRETTY ONE DAY contient bien plus que la plus drôle des collections d’essais autobiographiques : c’est aussi un véritable manifeste sur le langage lui-même. Partout où le texte semble suivre une ligne droite, on peut être sûr que Sedaris se cache en dessous, le faisant s’esquinter de rire ; et là même où se trouvent les failles, il est malicieusement perché à l’épicentre de tout cela. Aucun support à la disposition de l’humanité n’échappe à sa vision culturelle...
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ME TALK PRETTY ONE DAY contient bien plus que la plus drôle des collections d’essais autobiographiques : c’est aussi un véritable manifeste sur le langage lui-même. Partout où le texte semble suivre une ligne droite, on peut être sûr que Sedaris se cache en dessous, le faisant s’esquinter de rire ; et là même où se trouvent les failles, il est malicieusement perché à l’épicentre de tout cela.
Aucun support à la disposition de l’humanité n’échappe à sa vision culturelle ; aucun membre de sa famille (même les dynasties de ses animaux de compagnie) n’est oublié dans ces pages de souvenirs sardoniques sur les multiples incarnations de Sedaris en Caroline du Nord, à Chicago, à New York et en France.
Un essai, ponctué par une absence flagrante de s et de pluriels, nous présente le jeune David « Thedarith », un élève de CM2 qui, à cause de son sigmatisme, s’arme d’un dictionnaire des synonymes, apprend tous les mots du lexique qui ne contiennent pas de sifflantes, échappe à son rusée orthophoniste et stupéfie ses professeurs de Caroline du Nord, peu habitués à la vie citadine, par son vocabulaire inattendu et d’une ampleur impressionnante.
Par un ironique tour de destin, les lecteurs découvrent le Sedaris d’aujourd’hui en France, où, après toutes ces années, il doit désormais se contenter d’utiliser uniquement des noms au pluriel pour éviter d’attribuer le mauvais genre aux objets français. (Sans compter que commander des articles à l’épicier devient assez coûteux.) Même le plus rigoureux des grammairiens ne pourra plus regarder les catégories grammaticales de la même manière après s’être exposé aux phénomènes linguistiques de l’humour sedarisien. Pourquoi un sandwich est-il masculin, alors qu’une ceinture, par exemple, est féminine en français ? Tandis qu’il tente furtivement de déchiffrer le français, tel un mélange entre une femme au foyer et un détective perspicace, il s’attire le mépris de son professeur français sadique et finit même par écouter des livres américains sur bande pour trouver un peu de réconfort en secret.
Ce que David Sedaris a à dire sur les cours de langue, l’argot gangsta-rap de son frère, les machines à écrire, les ordinateurs, les livres audio, les films et même les menus de restaurant va sûrement déclencher dans le monde entier une folle vague de nouveaux grammairiens munis de dictionnaires de poche, qui baisseront la tête devant un ordre des mots nouveau et inversé.
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